Soyez résolus de ne plus servir et vous voilà libres *

Cette exposition emprunte son titre à la citation fameuse de La Boëtie, et regroupe cinq jeunes artistes autour de la question sécuritaire, comme aboutissement ambigu d’une volonté collective présentée comme nécessité. Les motifs liés à l’oppression dans ces œuvres constatent ou prolongent un paysage contemporain sécurisé à l’absurde. L’ambiguïté reste de mise dans ces œuvres, cultivant un entre-deux, entre un état des lieux peu optimiste et des images fascinées. La vidéo Niveau Orange, de Nicolas Berset, propose une sorte de promenade visuelle et sonore dans les discours et les images sécuritaires, superposant lieux publics et privés, paroles médiatiques et sons domestiques, loin du format documentaire. Les peintures de Sébastien Mettraux figurent des intérieurs réels ou fictifs toujours inspirés des architectures d’abris anti-atomiques. Ces lieux déserts, en attente de fonctionnement, se révèlent proches d’un commun carcéral. Les objets du même artiste cultivent l’ambiguïté : objets fonctionnels, dispositifs d’information, ils portent en eux une grammaire des formes qui n’est pas sans rappeler les équipements policiers, tout en se fondant dans l’espace public ou les intérieurs domestiques. Jérôme Leuba développe depuis 2004 une variété d’oeuvres sous le titre Battlefield : champs de bataille au propre ou au figuré, c’est ici le corps nu qui est soumis aux détecteurs. Geste absurde du détecteur à métaux parcourant un corps masculin puis un corps féminin, mais geste qui glisse de l’asservissement à une forme érotique, dans l’étouffement d’un bruit où se reconnaissent, confusément, des voix et des respirations. Laura Braillard-Malerba focalise sur les pressions ordinaires, passées pour insignifiantes parce qu’imprégnées dans notre quotidien : des lieux communs quant aux bons usages domestiques ou quant au couple traditionnel, elles révèlent un totalitarisme larvé mais bien réel. Si ces artistes ont en commun une mise en perspective ambiguë du motif sécuritaire, Gilles Furtwängler s’en distingue par le recours à une dimension humoristique, comme une forme d’échappatoire. Son travail procède ici d’une mise à distance par son caractère poétique, absurde et direct.

AVEC LE SOUTIEN DE Loterie Romande, Coriolis Promotion, Etat de Fribourg, Office Fédéral de la Culture, Fondation Göhner, Pour-cent culturel Migros.

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