Anne Sylvie Henchoz

Anne Sylvie Henchoz, Tempo on island-surfaces, still, 2017 Anne Sylvie Henchoz, Tempo on island-surfaces, still, 2017

Screening Room:

Anne Sylvie Henchoz stellt ihren neuen Film Tempo on island-surfaces vor.

C’est un doux refrain de l’histoire de l’art, que celui des vides et des pleins, celui de l’agencement des figures et des corps, de la composition, celui de savoir si les sculptures sont contenues dans les blocs de marbre et sont libérées par le sculpteur, ou si c’est ce dernier qui les façonne et les crée, leur donne forme. Anne Sylvie Henchoz, joue dans ses travaux d’un morceau de cette histoire des corps qu’elle met en exergue dans de nouveaux rapports, honnêtes et subtils. Sa sensibilité se tourne toujours et directement vers les corps et leurs mouvements, vers leurs interactions, qui se mêlent à son propre corps. Cela se ressent et s’observe dans les performances qu’elle initie, mais également quand on la regarde regarder les autres. Sans doute l’œil de l’anthropologue ne peut-il s’empêcher de capter cette physique des corps et l’envisage au regard des identités, propres à ses sujets d’observation, cherchant leur perméabilité.

Qu’en est-il des figures voluptueuses, qui sont les protagonistes principales de son travail ? La rondeur et la féminité des modèles qu’elle choisit, sont des critères qui mélangent les désirs de l’artistes, son travail de recherche et un questionnement plus large sur la « masse » qui n’est pas sans évoquer les implications multiples de ce terme. Une recherche qui s’étend aux œuvres où l’artiste appréhende la présence physique d’une pierre, d’une barrière ou d’un grillage. Si la place de l’art est à déterminer dans le « découpage plus général des temps et des espaces », il s’agit alors et notamment pour l’artiste, de se pencher sur les positions et les mouvements des corps. Les femmes avec lesquelles elle travaille sont parfois des comédiennes, mais elles sont aussi cette fille agréable rencontrée dans une conférence avec qui l’on boit un café, ou encore cette autre, venue à ce casting, recalée au premier tour, ou à ce stage de danse. Elles sont aussi parfois des artistes. La plupart d’entre elles cherchent déjà à entamer un dialogue avec leur corps, à explorer une part de leur ressenti, de leur positionnement dans l’espace, et tout s’emmêle. Précisément, c’est ce que recherche Anne Sylvie Henchoz : une forme d’emmêlement, d’entrelacement, un dialogue des corps ou comme elle les appelle, des « conversations entre masses ». Elle se laisse charmer, change la trajectoire de recherche de ses modèles dans la prise d’un espace, tente de faire sortir « ce qui se dégage abstraitement d’elles », de trouver un langage commun, une gestuelle, puis les filme et les photographie, les érotisant au passage. L’acte de résistance de l’artiste se déploie à plusieurs échelles. Celle de l'estime face à ses propres désirs, comportement parfois - même souvent - réprimandé ; celle de l’intérêt pour des femmes aux rondeurs certaines, loin des canons contemporains dictés par les codes publicitaires mais plus proche d’un érotisme assumé, initiant une réflexion sur le genre ; enfin l’acte de prise de vue ou de prises d’images qui va, de fait, montrer ces femmes et rendre compte d’un rapport de désirs et, habilement, rendre leurs torsions attrayantes.

La « masse », qui renvoie communément à une multitude informe, s’incarne dans l’individualité en formes de ces femmes. La fluidité des corps et leur contact métaphorisent un champ d’action, une dynamique plus grande. Mais l’unité d’un corps nous renvoie au constat dont l’artiste a fait l’un de ses terrains de recherche : le corps comme point de tension, comme éponge entre le soi et le monde sensible, et le monde sensible comme expérience nous rendant parfois étranger, sinon étrange, à nous-même.

Olivia Fahmy

Curator(s)
Opening
10.02.2017 18:30
Artist Information
  • Anne Sylvie Henchoz completed a Master of Contemporary Art Practices at HEAD, Geneva, in 2012.

    With a polymorphic practice that includes action, construction and narrative. She stages situations conceived as ceremonies, inventing a vocabulary that is at once poetic, physical and choreographic, in order to speak about a possible relation between people. Creating sensual, focal and expansive encounters, she looks at her practice through a prism of language, embodying 'film-like spaces', expanded cinema, performance and editions. 

    Most influential references come from postmodern dance, life’s experiences, gender and cultural studies, and biographies. Work draws upon a plasticity of interactions, close to the ‘Poetics of relation’ of Edouard Glissant.

    Treasuring idea of ‘fluid identity’, in order to question commonplace ideas about identity, projects are shaped by the desire to experience profound states of reality with others.